Féminisme et familles : un lien essentiel à consolider

Illustration d'une femme sur une corde en train de balancer en portant des personnes et un classeur et d'autres objetsLes actions de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec ont très souvent convergé avec celles menées par le mouvement féministe québécois, visant à la fois l’amélioration des conditions de vie des familles et celles des femmes qui en ont la charge. Pas étonnant puisque, encore aujourd’hui, la très grande majorité de familles monoparentales (76 %) ont une femme à leur tête ! L’édition 2015 de la Marche mondiale des femmes offre à nouveau l’occasion d’inscrire l’action de notre Fédération dans un mouvement plus large de solidarité et le thème « Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires » nous interpelle de plusieurs façons.

La Fédération était déjà très active, en 1995, dans le cadre de la Marche Du Pain et des Roses. Elle est d’ailleurs à l’origine des luttes qui ont mené à la création d’un système de perception automatique des pensions alimentaires pour enfants, avec retenues à la source, une des revendications de la Marche. Bien que le travail dans ce dossier avait déjà été entamé depuis plusieurs années, le fait de porter collectivement cette revendication en 1995 a certainement contribué à l’adoption de la Loi facilitant le paiement des pensions alimentaires. La Fédération était également derrière la revendication d’une allocation universelle pour enfants, portée dans le cadre de la première édition de la Marche mondiale des femmes. Basée sur une proposition de l’économiste Ruth Rose, cette revendication a mené, en 2005, à la création de la mise en place du Soutien aux enfants, une mesure qui a permis à des milliers de familles en situation de pauvreté (dont les familles monoparentales) d’améliorer considérablement leurs revenus. La FAFMRQ était aussi aux premières loges des luttes qui ont permis la création d’un réseau public de services de garde à contribution réduite et le Régime québécois d’assurance parentale, deux mesures qui ont eu des retombées inestimables pour l’autonomie économique des femmes avec enfants.

Le 17 octobre, nous marcherons…

… pour que cesse la violence conjugale et familiale vécue par un trop grand nombre de femmes et d’enfants ; une violence qui, par manque de ressources adéquates, se solde parfois par des drames familiaux. Bien que les raisons qui peuvent empêcher une femme de quitter une relation toxique soient multiples et complexes, le fait d’être dépendante financièrement présente un obstacle de plus à franchir. Lutter pour que les femmes avec enfants bénéficient d’une plus grande autonomie économique est donc une façon essentielle de protéger ce premier territoire qu’est le corps des femmes et celui de leurs enfants !

Le 17 octobre, nous marcherons…

… pour que toutes les femmes qui assument seules la charge d’enfants vivent dans un environnement sain et sécuritaire. Le fait de se soustraire à une relation de couple devenue intenable entraîne nécessairement un changement de résidence. C’est une entrée subite en territoire inconnu où il faut trouver un nouveau chez-soi ; une quête souvent ardue quand les revenus sont minces et qu’on fait face aux préjugés des locateurs potentiels. Une situation qui oblige parfois ces familles à habiter dans des logements peu salubres ou des quartiers où l’environnement n’offre pas les mêmes avantages que les quartiers aisés : espaces verts, terrains de jeux, marchés d’alimentation à proximité (certains quartiers sont de véritables déserts alimentaires !), services de garde, écoles, …

Le 17 octobre, nous marcherons…

… pour que le corps et l’esprit des femmes monoparentales, particulièrement celles qui sont en situation de pauvreté, cessent d’être des territoires occupés… Occupés par les diktats sociaux de ce que devrait être une « bonne mère » et une « vraie famille » ! Parce qu’elles élèvent leurs enfants seules, ou parce qu’elles sont pauvres, on présume que ces femmes n’ont pas les compétences pour prendre soin de leurs enfants… « Il faut empêcher la transmission intergénérationnelle de la pauvreté », disent les experts ! Comme si la pauvreté était une maladie ! Comme si les familles elles-mêmes étaient responsables de tous les problèmes ! Comme si les causes structurelles et les politiques néolibérales qui créent les inégalités n’avaient rien à voir avec ça !

Le 17 octobre, nous marcherons…

… pour exiger que toutes les travailleuses bénéficient de conditions de travail décentes et d’un salaire qui leur permette de sortir de la pauvreté ! Plusieurs femmes monoparentales, parce qu’elles ont du interrompre leurs études ou que l’aide financière aux études est inadéquate, occupent des emplois au bas de l’échelle. Depuis plusieurs décennies déjà, la mondialisation et les politiques néolibérales ont fait subir de profondes transformations au marché du travail. Les emplois de qualité, à temps plein et offrant une permanence, ont été remplacés par des emplois précaires et atypiques, qui, non seulement ne permettent pas de couvrir les besoins, mais rendent aussi la conciliation famille-travail impossibles !

Finalement, le 17 octobre, nous marcherons…

… parce que l’heure est venue de développer un nouveau discours progressiste et féministe de la famille, qui tienne compte des nouvelles réalités et qui fasse contrepoids au discours de droite. Ceci est rendu d’autant plus nécessaire alors que les politiques néolibérales menacent nos acquis sociaux et font reculer le Québec de 20 ou 30 ans en arrière ! Les mesures d’austérité affectent prioritairement les femmes; ce sont elles qui occupent majoritairement des emplois dans les services publics... Ce sont elles qui sont les plus durement touchées par les coupures de postes en santé et en éducation… Les gains obtenus de hautes luttes, comme les services de garde à contribution réduite, le Régime québécois d’assurance parentale et la perception automatique des pensions alimentaires, sont aujourd’hui remis en question sous prétexte que le Québec n’a plus les moyens de les financer.

Ces reculs sont inacceptables et à cela, comme à tout ce qui menace nos corps, notre Terre et nos territoires, nous opposerons nos résistances le 17 octobre !


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