Qu'est ce qui fait d'une action un geste de résistance?

Depuis son lancement le 8 mars 2015, la Marche mondiale des femmes s'inscrit comme mouvement non pas de revendications, mais de résistance. Les gestes posés peuvent être individuels ou collectifs, mais une rupture s'impose avec la reconnaissance et l'appréciation des pouvoirs établis. La Marche invitent les femmes de partout à travers la province à résister!

D'abord, lorsque nous pensons à une action de résistance, nous imaginons souvent des gestes de désobéissance civile ou relevant de l'action directe qui comportent des risques importants, comme le blocage d'un pont ou l'occupation physique de locaux. Bien que ces moyens soient effectifs, les gestes de résistance peuvent aussi prendre d'autres formes. En effet, seules les actions impressionnantes apparaissent dans les médias alors que d'autres gestes, tout aussi significatifs mais moins spectaculaires, restent dans l'ombre. Le comité communication cherche donc à rendre visible ces autres formes d'actions de résistance qui peuvent s'avérer peut-être plus accessibles.  

Le tricot graffiti comme pratique subversive 

La pratique du tricot graffiti comporte d'abord une dimension subversive en apparaissant et en s'imposant dans des espaces inhabituels. Si la pièce de tricot s'imposent aux regards, elle n'impose toutefois pas nécessairement de message. Les réactions qu'elle suscite jaillissent de la personne elle-même, sans être dictées par l’œuvre. Ainsi, la place laissée à l'interprétation est propice au partage et à la discussion entre observateurs. En ce sens, le tricot graffiti, comme toutes  installations artistiques engagées, est proprement politique puisqu'il établit les conditions nécessaires à la collectivisation d'idées entre citoyens, pouvant mener au développement d'alternatives et de solidarités.

Prenons l'exemple du Centre de femmes La Marie-Debout. Le tricot apparaît dans un autre espace que celui qui lui revient traditionnellement, opérant ainsi une brisure dans les conventions. Par l'affichage de ce tricot sur les arbres de la Place Valois du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, les femmes de La Marie Debout investissent les lieux du quotidien en se les réappropriant. Elles témoignent alors d'un rapport particulier avec le lieu choisi, répondant des enjeux propres au quartier. Le tricot porte un message, interpellant les passants qui le croise. On peut y lire « Un droit pour toutes » et « En sécurité dans mon quartier », faisant ainsi référence au droit de sortir et de circuler librement et sans peur d’être attaquée, volée, harcelée, violée, humiliée et intimidée.

Les manifestations comme actions mobilisatrices

Bien que les manifestations constituent une forme d'action abondamment connue, certains éléments favorisent la visibilité et une transmission efficace du message. Ces éléments ne servent pas seulement qu'à attirer l'attention médiatique. Ils stimulent, d'abord et avant tout, le sentiment d'appartenir à une collectivité et de contribuer à une mobilisation qui dépasse la simple somme des individus présents. 

  • Uniformiser la couleur d'une manifestation (Black Bloc anti-fasciste allemand)
  • Orienter la foule de sorte à donner une forme particulière au rassemblement pour représenter un symbole significatif (chaîne humaine contre un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, mai 2013);
  • Organiser une fanfare, un orchestre ou une chorale pour attiré sonorement l'attention (Chorale des grévistes, printemps 2012, Montréal)
  • Confectionner des marionnettes géantes ou tout autres supports permettant la caricature de personnalités publiques;
  • Multiplier dans l'espace la présence d'un objet symbolique en lien avec le propos (Bringing the war home, installation aux États-Unis pour illustrer le coût humain de la guerre);
  • Faire du bruit massivement, à la façon d'un tintamarre (casseroles du printemps 2012, Montréal)
  • Se taire massivement pour résister à une interdiction de manifestation (le cri muet, Madrid, 15 mai 2013).

L'humour comme force de détournement 

L'humour occupe une place importante dans les actions des mouvements sociaux. Il permet de se saisir d'un symbole déjà présent dans la société pour l'utiliser à d'autres fin que celles auxquelles nous sommes habitués. Ainsi, la forme détournée sous laquelle nous apparaît l'objet nous fait voir de nouvelles facettes.

Les actions menées par le groupe des Panthères Roses, regroupement queer radical, se situent dans une telle perspective. Voici comment les participants l'explique :

Cette tactique implique de tourner en dérision, de dénoncer et/ou de transformer le sens de tous produits ou phénomènes découlant d’une relation de pouvoir illégitime d’une institution sur la société afin de bouleverser sa mainmise. Par exemple, si on s’attaque au capitalisme, on peut reprendre des textes ou photos provenant de médias mainstream, des publicités, des événements à saveur commerciale ou des symboles révélateurs des orientations monétaires d’un gouvernement particulier et les subvertir.

saint-velentin.pngPour citer quelques exemples d'actions accomplies par le groupe, nommons celle de 2004, à l'occasion de la Saint-Valentin. Les Panthères Roses ont distribuées de faux billets roses de vingts dollars dans le quartier gai de Montréal. Ils y avaient apposer le visage du porte-parole de la chirurgie esthétique au Québec.

Le but était de dénoncer l'appropriation capitaliste de l'homosexualité, appropriation encore plus vive à l'occasion de la Saint-Valentin. Le groupe ciblait  le Village Gai comme lieu de promotion d'un modèle unique de l'homosexualité, fondé principalement sur l'apparence. Les différentes revendications et arguments figuraient sur un tract distribué aux passants.

etat-d-alerte.pngNommons aussi l'action menée lors du défilé de la fierté gai, au cours de laquelle les Panthères procédèrent à une distribution de condom dont l'enveloppe comportait l'explication suivante : pour se protéger la tête contre la publicité.

En savoir davantage sur les Panthères Roses

Reportage sur les Panthères Roses et plus d'exemples de leurs actions 

Ainsi, ces deux exemples d'action constituent des actions résistance puisqu'elles cherchent à générer la prise conscience chez les passants. Cette tactique s'adressent à la population, elle ne formule pas de revendications aux institutions ou aux représentants politiques. Par l'humour et le détournement, elle cherche à changer la façon de voir les choses et ultimement les comportements des gens. 


Laissez le premier commentaire !

Veuillez consulter votre boîte de réception pour un courriel avec le lien d'activation pour votre compte.
Calendrier des actions Déclaration contre les oléoducs